Histoire du Château de Lagarde & de la Famille des Lévis Mirepoix (suite et fin)

Dans le début des années 1960, le château était le terrain de jeu de bien des enfants. Je me souviens de galeries qui n’existent plus, voir aussi dans le fossé quelques charrettes chargées de pierres de taille : terrain d’action pour les jeunes et chantier sans nul doute gratuit pour les anciens. Il se disait également que s’il fallait reconstruire en partie le château, il faudrait démolir quasiment toutes les vielles maisons du village.

Bien plus tard, dans les années 70 à 80, j’avais remarqué chez un parent éloigné, une peinture représentant le château et le village de Lagarde. Sauf que le village n’était pas en face… Cette peinture était à Mirepoix, et à l’époque, son propriétaire alors très âgé, m’avait expliqué que peut-être était-ce une vision artistique du peintre.

Ce n’est qu’au début des années 90 que j’ai commencé à m’intéresser au patrimoine, plus précisément aux vieilles pierres, et Lagarde, son château, a été mon premier terrain de recherche. D’abord du côté des livres, aussi les archives…

Au début des années 2000, un projet de restauration du château m’a intéressé.

Durant un temps, j’ai écrit des articles concernant le travail de restauration pour le journal de l’Ariège, mais aussi profité de certaines recherches écrites (vieux documents couvrant le XVIIè et XVIIIè siècle).

De Guy 1er à 1789, le château n’a cessé d’être transformé, à tel point qu’avant la révolution, le château était devenu un somptueux palais orné de statues géantes visibles à des lieux à la ronde.

Entre 2002 et 2003, grâce à un passionné de livres anciens et documents, j’ai eu entre mes mains l’inventaire de tout ce qu’il y avait au château, jusqu’à la moindre fourchette. Cet inventaire avait été établi vers la fin de l’année 1791.

En remontant dans les archives, j’ai trouvé les minutes d’un procès concernant le citoyen Dangereux qui était accusé d’avoir dévasté et pillé les châteaux de Léran et Lagarde en septembre 1792. Le procès se termine par l’acquittement du citoyen Dangereux.

« Le Citoyen Dangereux, habitant de La Bastide du Peyrat, District de Quillan, expose que depuis longtemps il a le malheur d’être en butte aux vexations de certains Citoyens du Peyrat, qui n’ont d’autres reproches à lui faire, que de les avoir accablés du poids de ses bienfaits, pendant qu’il a habité le même lieu ».

Pourquoi ce Dangereux nous intéresse-t-il ?

Après la révolution et la décapitation du dernier Levis qui était resté à Lagarde, le citoyen Dangereux a acheté le contenu du château (Dangereux faisait partie de la famille Rothschild, il n’a pas eu de problème à trouver l’argent). En quelque sorte, il était autorisé à emporter tout le mobilier et accessoires. Mais pour ce faire, il ne pouvait être seul, il avait besoin de main-d’œuvre. Il y avait également autre chose, le Citoyen Dangereux était protestant, et donc, il y a eu aussi un geste qui pourrait passer comme de la vengeance.

Longtemps persécutés par les catholiques, les protestants s’étaient mis du côté du peuple, et donc, ont pu racheter tout ce que les nobles avaient perdu avec la révolution. Ma petite enquête m’a mené dans un autre domaine, celui où se trouve tout le mobilier qui appartenait autrefois aux Lévis – Mirepoix, un mobilier qui a été acheté, et donc qui a changé de propriétaire. Tout cela existe encore dans notre région, j’ai pu prendre le café installé au confort de cet ancien temps, peut-être avec la même tasse que le dernier des Lévis, admiré tout le mobilier, sa bibliothèque, et j’en passe… Peut-être que d’ici une dizaine d’année, une dame, certes protestante, pourra ouvrir un musée où l’on pourra contempler les fastes et richesses de la noblesse d’autrefois.

Il se dit que le Citoyen Dangereux a pris jusqu’aux poutres, d’où les premiers débuts d’effondrement, les villageois ont reconstruit leur village au pied du château, des pierres de taille ont été emportées pour la construction d’un hôpital à Castelnaudary, le temps a fait le reste, et le palais de Lagarde, en mois de dix ans, a sombré dans l’oubli.

D.B.

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