VISITE GUIDEE SUR LE SITE DE MORENCI

Il y a 15 ans, la Commission Extra-municipale du Patrimoine de Laroque d’Olmes proposait une visite guidée sur le site de Morenci, au départ de Laroque, en covoiturage. J’étais alors correspondant à l’Indépendant, et j’avais demandé au guide s’il pouvait me donner de la documentation pour m’aider à faire un article. De retour sur ce fameux article de l’époque, rien d’intéressant si ce n’est une photographie du lieu, avec en résumé, les noms des participants locaux et tout au plus cinq lignes pour l’ambiance. Je pense que le texte avait été écourté à l’époque car trop long, et étant de toujours archiviste…

D.B.

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La main de Morenci

Elle a été découverte en 1935, dans une crevasse, à quelques pas, une vingtaine de mètres et à l’Ouest, de l’obélisque naturel, dressé vers le ciel comme une dent gigantesque, qui donne son nom à ces lieux du chaînon de Morenci : « la dentilhéro ».

Déjà, à la base de la paroi Sud de ce mégalithe, le 22 mai 1929, messieurs Tricoire et Pendrie avaient découvert une sépulture sous roche contenant les squelettes d’un homme, une femme et un enfant, dont le mode d’inhumation et le mobilier accompagnant les ossements relèvent du chalcolithique.

La main était posée sue une saillie tabulaire de la paroi et recouverte d’une pierre plate. Il s’agit donc d’un dépôt voulu dans une cachette et non d’un objet tombé là accidentellement.

Morphologie :

La main de Morenci est une représentation d’une main gauche humaine plus grande que nature. A l’endroit de l’amputation, on remarque que le poignet a été taillé en biseau de façon voulue et calculée permettant d’envisager l’emmanchement de la main à usage d’enseigne.

Elle est en stéatite, pétrie de minuscules cristaux de pyrites de fer qui ne présentent pas la cristallisation bipyramidale du talc de Montferrier. Les siècles lui ont donné une patine où domine le gris-vert, le fauve et le brun.

L’exécution de l’œuvre est parfaite. Le côté dorsal, aplati anormalement, aux doigts boudinés et sommairement séparés peut apparaître comme assez mastoc. Le sculpteur semble avoir apporté tout son soin à la face palmaire au galbe admirable. Les plis digitaux sont très nets. On remarque la particularité du petit doigt : la première phalange est beaucoup plus longue que dans la main moderne. Ce n’est certainement pas une malfaçon vu la précision de la sculpture, mais certainement une disposition anatomique particulière du métacarpe de l’homme en ce temps là, avec un petit doigt plus long que le nôtre. Si cette hypothèse est fondée, l’auriculaire aurait régressé au cours des millénaires. On remarque cette longueur anormale dans les représentations égyptiennes et assyriennes.

Autre fait troublant : la présence de signes à la signification mystérieuse creusés dans la masse de l’objet. Du côté dorsal, un premier groupe de quatre cupule-tes disposées en ligne horizontale à la base du médius et un second, trois centimètres plus bas, toujours de quatre cupule-tes, mais décalées légèrement plus à gauche. Du côté palmaire, une seule cupule et un signe en rameau de fougère. Cette question de cupules très controversée par différents chercheurs pourrait-être un code…

Tout aussi mystérieuses sont les mutilations des extrémités digitales : amputations voulues et non accidentelles qui donnent à la main une forme arrondie et spatulée, qui surprend. Dans le domaine de la préhistoire, les amputations sont choses fréquentes. Les sanctuaires de mains mutilées dont le plus célèbre est la grotte magdalénienne de Gargas en Haute-Garonne où se trouve le dessin de 66 mains gauches et 2 droites mutilées de un ou deux doigts. Cette amputation des phalanges s’est perpétuée jusqu’à nos jours dans d’autres pays, comme les îles Fidji où quelques hommes se coupent les phalanges en signe de deuil, quand meurt un chef de tribu. C’est la main gauche « la sinistre », qui fait l’objet de ces amputations.

On peut considérer la main de Morenci comme un emblème sacré, rituel, mais de quel âge, de quelle époque ?

Les romains connaissaient la main emmanchée portée à l’extrémité d’une hampe à usage d’enseigne et les mains votives en bronze ou marbre, mais elles n’étaient pas amputées.

Ce haut lieu de Morenci est sans conteste marqué par les populations de l’âge du bronze (1500 à 2000 ans avant notre ère), on dénombre en effet sur un parcours de trois kilomètres : huit roches gravées, deux dolmens, un menhir et aussi deux pistes néolithiques : le roc de la Fougasse et son disque solaire, le roc de la Dentilhéro et sa sépulture. Ce n’est pas parce que l’on a trouvé la main dans cet environnement qu’on peut l’y inclure, mais penser qu’un objet cultuel peut se trouver sur un lieu de culte, n’a rien d’insolite.

Il y a d’autres mains cultuelles : les mains panthées (de pan-plusieurs-théos-dieux), il s’agit de mains droites ou gauches non amputées en bronze dont le poignet a été aménagé en forme de douille d’emmanchement. Elles ont la particularité de porter dans la paume et sur le dos plusieurs attributs : le serpent (Esculape), la pomme de pin (Attis), la tortue (Mercure)…

La sculpture de Morenci peut être considérée comme l’ancêtre, le très lointain archétype de ces mains panthées. Elle a par le plus petit bout au moins 3500 ans !

 

Gravures rupestres de Morenci

Il existe huit rocs gravés dûment répertoriés, dont principalement le roc de la Fougasse. Il est formé d’un énorme bloc de grès et tire son nom de la table circulaire qu’il porte en relief et qui a frappé l’esprit des paysans par sa ressemblance avec une galette.

La Fougasse de pierre présente l’aspect d’un disque partiellement entouré d’une rigole et porte une cupule très nette en son centre. Son périmètre est de 3,25 mètres.

La rigole a été obtenue par taraudage au moyen d’un outil conique, et non par percussion.

Il est certain que la sculpture est cultuelle et répond à une idée religieuse. Anneau solaire, double symbole du triangle (aspect d’ensemble du roc) et du cercle, culte solaire ?... Le roc de la Fougasse est un maillon de ce haut lieu consacré.

Les autres rocs gravés s’ornent d’idéogrammes symboliques représentatifs d’une civilisation qui nous échappe : empreintes orientées dans le sens de la marche du soleil, triangles simples ou ornés d’un collier, sabots d’équidés combinés, signes cruciformes groupés ou isolés inscrits parfois dans des demi-cercles…

« On a voulu y voir des cartes célestes, des indications de cachettes ou de sépultures, d’itinéraires, de traces de sorcellerie, des figures médico-magiques, des signes protecteurs… On n’en sait rien en vérité ! On ne peut que constater leur présence sur les roches pyrénéennes de Luchon à Perpignan, aussi sur des roches espagnoles et portugaises ».

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