De la basse au baryton dans le 81ème R.I.C.

Jean RESPAUD   (1926-2018)

Né le 12 octobre 1926 à Laroque d’Olmes, il est appelé sous les drapeaux pour effectuer son service militaire en février 1946. Au cours de ses huit jours de classe à Toulouse, un sous-officier de passage dans les chambres demande aux simples soldats, s’il y a des musiciens. Une aubaine pour Jean qui depuis l’âge de 7 ans, connaît le solfège sur le bout des doigts, mieux encore, il est depuis plusieurs années instrumentiste et possède chez lui un baryton en clé de sol. Le sous-officier, l’accompagne jusqu’au capitaine Raymond Ramondou, et l’on lui demande de lire plusieurs partitions, il joue même de la basse en clé de fa.

Le capitaine, enthousiasmé par les connaissances musicales de Jean, lui accorde une permission de trois jours pour aller chercher son instrument, et lui annonce en même temps qu’à son retour de permission, il devra se rendre directement au 81ème Bataillon d’Infanterie Coloniale à Montpellier.

Le grand-père à Jean était musicien, c’est lui qui lui avait tout appris, du solfège aux instruments. En voilà un au moins qui pensait déjà à l’avenir de ce petit enfant unique, et, il le restera. Ceci, sans penser à l’armée qui était obligatoire.

D’un père qui avait fait en entier la Grande Guerre, revenu avec des blessures à vie et subit aussi le gazage, on peut se demander ce que pouvait éprouver Jean à la pensée de se retrouver au cours de son régiment dirigé vers une autre campagne, d’autant qu’en cette année 46, les premiers troubles étaient constatés en Indochine (Au 6 mars 1946, le Viët Nam est libre, mais pas indépendant, il fait partie de l’Union française. C’est le début de la guerre d’Indochine).

Bien des copains à Jean partiront en Indochine, et lui à Montpellier, où il effectuera son temps, tout en musique, avec son baryton. Une mémoire d’éléphant, car 67 ans plus tard, il est encore capable de donner les noms de ses copains de régiment, de sa chambrée, « comme il dit ». Alors que depuis, il n’a revu personne. Jean termine son régiment en novembre 47. Il arrive chez lui un vendredi soir, le samedi matin, il va voir son ancien patron pour savoir s’il peut le reprendre au travail, celui-ci lui répond qu’il peut commencer le lundi. Presque comme quelqu’un qui rentre de vacances !

Mais dix jours après sa quille, par décision gouvernementale (1er/12/1947), il est rappelé et dirigé au camp de Rivesaltes, où il devra  encore servir sous les drapeaux, en tant que simple soldat. Le pays est en grève et l’armée nécessite du renfort pour déblayer les ordures. Un travail ingrat, mais Jean le prend un peu à la rigolade. Néanmoins, au bout de huit jours, autre surprise, il est informé qu’il repart à Montpellier. Son ancien capitaine, ayant appris qu’il avait été réengagé, s’est empressé de demander sa mutation. Il restera musicien dans la fanfare du 81ème Bataillon jusqu’à fin février 1948.

Après son service militaire (à rallonge), retour à l’usine et travaillera d’abord chez Ricalens comme tisserand jusqu’en 51, ensuite chez lui avec un métier à tisser, puis un second, des journées où l’on ne comptait plus les heures. L’industrie textile était en plein essor. Débrouillard comme pas deux, on s’est vite aperçu aux Ets Thierry qu’il pourrait faire un bon contremaître, et c’est ainsi qu’il a continué jusqu’en 1982, heure de prendre sa retraite. Chasse et jardinage ont été ses seuls loisirs, depuis l’armée il n’a jamais retouché son baryton, il n’en a pas eu le temps, toujours le travail, seulement pour une photo, à 87 ans. Mais, peut-être que ???

 D.B.

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