Avant la guerre 39/45 et La drôle de guerre

MAUTHAUSEN – GUSEN

Témoignage du n° 62480, Monsieur GAUCHER André

 

Avant la guerre

Je suis né le 18 novembre 1918, à Harfleur (Normandie), mon père était marin à Cherbourg à cette époque-là. Ensuite, nous sommes allés habiter en région parisienne à Vincennes.

J’ai perdu mon père à l’âge de 6 ans (gazé au fort de Douaumont durant La Grande Guerre, il est mort des suites de son exposition aux gaz, en 1924). Pupille de la nation, j’ai été admis dans un pensionnat que j’ai quitté à 14 ans avec le certificat d’études en poche. Et, tout de suite, sans aucune formation, j’ai travaillé en usine. Grâce à des cours du soir, j’ai pu me spécialiser dans le travail du métal : usinage, tournage, fraisage, et autres…

Mais très tôt, je suis devenu un militant syndical. J’ai compris qu’il fallait se défendre, nous les ouvriers : 10h de travail par jour, sans vacances, c’était dur !

En même temps, nous avons vécu la montée du fascisme : Mussolini en Italie en 1932, Hitler en Allemagne en 1933. Les luttes syndicales et cette conscience politique m’ont amené à adhérer aux Jeunesses Communistes. Je vendais les journaux du PCF à la sortie du métro, je participais aux manifestations de la région parisienne avec mes camarades ouvriers.

Et nous voilà en 1936, à l’époque du Front Populaire, je n’avais pas encore 18 ans, quel bonheur ! Quelle ambiance ! Il faut avoir vécu cette période pour bien la comprendre : les usines occupées par les ouvriers, les repas apportés sur place, des bals partout. Et nous avons arraché les 40h et les congés payés.

Quelle victoire, à l’heure où le fascisme triomphait ailleurs !

1936 fut aussi la guerre d’Espagne. Franco et une partie de l’armée étaient entrés en rébellion contre le « el frente popular ». J’ai connu des camarades qui sont partis dans les Brigades internationales, pour aider les républicains espagnols, puisque Léon Blum prônait la non-intervention de la France. Nous faisions des quêtes pour aider les combattants sur la terre d’Espagne. J’étais toujours dans le coup, car il est évident pour moi que la lutte syndicale, pour plus de justice sociale, était liée à la lutte politique contre le fascisme.

La République espagnole fut vaincue par le fascisme international, puisque Hitler et Mussolini ne se gênèrent pas d’aider Franco. Plus tard, mon camarade ariégeois Louis Hygounet me raconta l’exode espagnol qui déferla sur l’Ariège, sa maison à Mirepoix fut toujours ouverte aux réfugiés espagnols.

En 1938, notre Front Populaire était bien malade, du fait des concessions faites par le gouvernement de l’époque à la droite et au patronat. Il y eut de grandes manifestations en région parisienne, organisées par le PCF et les syndicats contre Daladier qui s’appuyait sur les forces de l’extrême droite, nous eûmes deux ou trois morts à une de ces manifestations, qui fut durement réprimée.

 

La drôle de guerre

Vint la déclaration de guerre par la France à l’Allemagne en septembre 1939.

Le PCF fut interdit, sous le prétexte de son approbation du pacte de non-agression germano-soviétique. Les dirigeants furent appelés à renier leur parti, sous peine d’arrestation. Beaucoup furent effectivement arrêtés, ou durent se cacher. Je crois que Louis Hygounet de Mirepoix, fut aussi arrêté. Il est vrai que ce pacte ne fut pas bien accepté par les militants que nous étions, mais il est évident aujourd’hui que les occidentaux cherchaient à jeter Hitler contre les soviétiques (voir les accords de Munich de 1938, entre l’Allemagne, Angleterre et France).

Et ce fut la « drôle de guerre », français et allemands restant sur leurs positions. On nous disait à Paris que notre ligne Maginot était une garantie contre l’invasion. On l’a bien vu ! Les allemands avaient une armée moderne, très mécanisée, avec tout le matériel offensif, alors que la nôtre utilisait encore des vélos et des chevaux ! A Villacoublay, chez Brèguet, où je travaillais en 40, nous montions le Brèguet 690, si je m’en souviens bien, un appareil bi-moteur d’assaut, mais il en sortait très peu des chaînes, car il nous manquait toujours quelque chose pour accélérer la cadence, notamment des rivets… On peut se demander si cette pénurie n’était pas voulue ?

Mai-juin 1940, c’est la débâcle de l’armée française. Le gouvernement s’exile sur Bordeaux, on déplace les usines vers le Sud. Nous, chez Bréguet, nous recevons l’ordre de rejoindre Tarbes. Avec mes sœurs, comme beaucoup de parisiens, nous avons pris la route du Sud, en vélo… Incroyable exode ! A Pithiviers, premier bombardement allemand. Nous passons la Loire sur un pont qui a échappé à un autre bombardement. Quelle pagaille et quelle panique ! Les routes encombrées de voitures abandonnées, toutes sortes de véhicules qui essaient de rouler, des soldats en déroute mêlés à la foule, et des unités militaires qui montaient au contraire vers le Nord.

 

Suite de cette mémoire http://www.olmes-echo.com/pages/memoire/l-occupation-et-la-resistance-mon-arrestation.html 

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D.B.

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