L'occupation et la Résistance... Mon arrestation

MAUTHAUSEN – GUSEN

Témoignage du n° 62480, Monsieur GAUCHER André

 

L’occupation et la Résistance

Les troupes allemandes nous ont rattrapés à Romorantin (Sologne) et avec mes sœurs nous avons décidé de retourner chez nous, toujours en vélo. De retour à Vincennes, j’ai été réquisitionné par les allemands pour aller travailler dans des ateliers de motos BMW. Pour que ces moteurs 2 temps durent longtemps, il fallait que le carter soit bien étanche, alors nous utilisions une espèce de gomme qui résistait bien aux essais, mais qui se révélait vite défectueuse : c’était du sabotage !

J’ai bien connu cette époque de la honteuse collaboration Pétain-Hitler, et Renault, Berliet, Citroën travaillaient à plein régime pour l’armée allemande. Avec mes copains des Jeunesses communistes nous nous sommes rencontrés une dernière fois au bois de Vincennes en jouant au ballon. Nous avons décidé de participer à la manifestation organisée par les étudiants le 11 novembre 1940, à l’Arc de Triomphe. Nous nous sentions des âmes de Gavroche dont Victor Hugo nous avait inspirés. Par petits groupes, on sortait nos pancartes anti-nazies, on chantait, mélangés à la foule dans laquelle on se diluait à l’approche de patrouilles, et ça recommençait un peu plus loin. Des camarades furent arrêtés ce jour-là. Un autre travail militant, tout au long de l’année 41, était la distribution de tracts clandestins. Je me souviens particulièrement du tract que nous avions distribué après l’exécution de Gabriel Péri et Lucien Sampaix. Ainsi avec nos tracts et nos affiches, nous essayions de faire prendre conscience aux parisiens de la réalité du nazisme.

Travailler pour les allemands, même en effectuant du sabotage, ça ne me plaisait pas du tout. Je décidai une petite mutilation, en me coupant avec des ciseaux, la peau entre le pouce et l’index. Cela m’a valu deux mois d’arrêt. Quant il m’a fallu reprendre le travail, je me suis résolu à quitter la région parisienne, pour venir en Ariège où mon épouse et nos deux enfants s’y trouvaient déjà. On était déjà en 1942.

J’ai ainsi fait la connaissance à Mirepoix de Louis Hygounet, vieux militant communiste, mais très dynamique. Je le vois encore se mettre à l’eau dans l’Hers, fouiller avec ses mains et attraper des poissons. Chez lui, j’ai découvert la soupe au lard, luxe inconnu pour moi « parisien » nourri de topinambours, rutabagas et betteraves rouges… Il était cordonnier, rue Vigarozy, nous étions voisins sous les couverts. Je me régalais de le voir travailler à la fabrication de chaussures. Tout en travaillant, il me parlait beaucoup, notamment de la guerre 14/18 dont il était un ancien combattant, il me citait des noms de lieux, d’anciens camarades, il avait on peut dire, une mémoire d’éléphant. Il m’amenait dans des fermes, il avait des contacts avec des jeunes qui se cachaient, comme à Manses. Il était en liaison avec des espagnols occupés à faire du charbon de bois. Nous collions des tracts sur les murs de la ville, la nuit bien sûr, ça me changeait de la région parisienne où personne ne se connaît.

J’ai trouvé du travail dans le secteur : je fus embauché à des travaux de forage dans la recherche de pétrole du côté de Tréziers. Ainsi passa l’année 1943. Mais un jour, l’ingénieur des pétroles, M. Gemmes, m’appela à son bureau de Lavelanet, et me demanda si mes papiers étaient en règle, c’était le cas, mais il insista : « Comprenez pourquoi je vous pose cette question. Méfiez-vous ! ».

 

Mon arrestation

Nous étions dans la période des fêtes de fin d’année 1943, nous allâmes chez des parents à côté du Mas d’Azil, pour une quinzaine de jours. Ce que je ne savais pas, c’est que Louis avait échappé à l’arrestation pendant ce temps-là. Il avait pu se sauver, en passant par un fenestron donnant sur les toits. Depuis, il se cachait je ne sais où. Dans la seconde quinzaine de janvier 44, nous sommes rentrés à Mirepoix tard dans la nuit. Au petit matin, notre maison était cernée par la Gestapo et soldats allemands. Mon retour avait donc été surveillé par quelque milicien qui me connaissait. J’ai donc entendu tambouriner à ma porte, je suis allé ouvrir, et me voilà pris. Je subis un premier interrogatoire à domicile : « Connaissez-vous un tel, un tel ? ». Je ne connaissais personne. Ils voulaient me faire avouer une appartenance à la Résistance. Ils ont fouillé tout l’appartement, cherchant des preuves. Ils n’ont trouvé qu’un cahier de mon fils aîné, qu’il avait caché, allez savoir pourquoi, dans un trou du plancher. Pour eux, c’était une trouvaille.

Vous pouvez imaginer le choc que mon arrestation produisit sur mon épouse et mes deux enfants, de 3 ans et 7 ans, alors. Ils m’ont amené par la rue Vigarozy, il y avait déjà du monde dans les rues. Nous sommes arrivés devant la rue de Saint-Félix, dirigeant socialiste, à 150m de là. Saint-Félix était absent. L’interrogatoire reprit :

Connaissez-vous Saint-Félix ? Ma réponse fut négative. Et Hygounet, le communiste ? Bien sûr, c’est le cordonnier. J’aurais mieux fait de me taire. L’officier SS se mit à hurler : « communiste, communiste ! » Et une gifle m’arriva à toute volée.

Première leçon, réfléchir avant de parler.

 

Suite: http://www.olmes-echo.com/pages/memoire/de-la-villa-lauquie-a-la-prison-saint-michel-a-toulouse.html 

Lauquié à St-Michel... De Saint-Michel à Compiègne... Wagons à bestiaux... A destination... SS, Kapos, GUSEN... Entraide et Solidarité... Retour à Mauthausen... Retour à la vie...

 

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D.B.

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